Les deux hommes apparurent de nulle part, à quelques mètres l'un de l'autre, sous la lumière de lune. Pendant une seconde, ils se tinrent debout tout à fait immobiles, leurs baguettes dirigées sur leurs poitrines ; alors qu'ils se reconnurent, ils rangèrent leur baguettes sous leur capes et commencèrent à marcher vivement dans la même direction.
« Des nouvelles ? » demanda le plus grand des deux.
« Les meilleures, » répondit Severus Rogue.
Le chemin était bordé sur la gauche par des ronces sauvages dont les mûres étaient basses et sur la droite par une grande haie soigneusement taillée. Les longues capes des hommes battaient contre leurs chevilles tandis qu'ils marchaient.
« Je pensais que je serai en retard» dit Yaxley, la lumière de lune éclairant son visage aux traits durs à chaque fois qu'elle filtrait à travers les branches supérieures des arbres. « C'était un peu plus rusé que je ne m'y attendais. Mais j'espère qu'il sera satisfait. Tu as l'air confiant que ton entretien se passe bien ? »
Rogue acquiesça mais ne donna pas de détails. Ils tournèrent à droite, dans une large route où le chemin prenait fin. La grande haie tourna avec eux, courant jusqu'aux deux impressionnantes portes en fer forgé qui barraient le chemin des hommes. Aucun d'eux n'avança d'un pas : en silence, ils levèrent tous deux leur bras gauche en guise de salut et avancèrent tout droit à travers le métal noir comme si c'était de la fumée.
Les haies d'if étouffaient le bruit de pas des hommes. Il y eut un bruissement quelque part à droite : Yaxley tira une nouvelle fois sa baguette, la pointant sur la tête de son compagnon, mais la source du bruit n'était apparemment rien d'autre qu'un paon d'un blanc pur, se pavanant majestueusement le long du sommet de la haie.
« Il s'en est toujours bien tiré, Lucius. Les paons... » Yaxley remit sa baguette sous sa cape avec un grognement.
Un beau manoir sortit de l'obscurité à la fin de l'allée, des lumières brillant sur les carreaux en forme de losange des fenêtres d'en bas. Quelque part dans l'obscur jardin au-delà de la haie, une fontaine fonctionnait. Les graviers crépitaient sous leurs pieds alors que Rogue et Yaxley avançaient vers la porte de devant, qui se balançait vers l'intérieur alors que personne ne l'avait visiblement ouverte.
Le chemin du hall était large, vaguement éclairé et somptueusement décoré, avec un magnifique tapis qui couvrait la majeure partie du sol de pierre. Les yeux des portraits aux visages pâles sur les murs suivaient Rogue et Yaxley alors qu'ils avançaient à grands pas. Les deux hommes s'arrêtèrent devant une grande porte en bois menant à la pièce suivante, hésitèrent pendant l'espace d'une seconde, puis Rogue tourna la poignée de bronze.
Le salon était plein de personnes silencieuses, assis à une longue table ornée. Les meubles habituels de la pièce avaient été négligemment poussés contre les murs. Une lumière surgit d'un feu rugissant au-dessous d'une belle cheminée surmontée par un miroir doré. Rogue et Yaxley attendirent un moment sur le seuil. Alors que leurs yeux s'étaient habitués au manque de lumière, ils furent attirés par l'étrange caractéristique de la scène : une figure humaine apparemment inconsciente était suspendue à l'envers au-dessus de la table, tournant l'entement comme si elle était tenue par une invisible corde, et se reflétant dans le miroir et dans la surface nue et brillante de la table, en dessous. Aucune des personnes assises sous ce spectacle singulier ne la regardait, sauf un pâle jeune homme assis presque directement dessous. Il semblait ne pas pouvoir s'empêcher de regarder au-dessus de lui toutes les minutes ou presque.
« Yaxley. Rogue,' dit une grande voix claire venant de la tête de la table. « Vous avez bien failli être en retard. »
Celui qui parlait était assis directement devant la cheminée, c'est pourquoi il était d'abord difficile pour les nouveaux arrivants de discerner plus que sa silhouette. Cependant, alors qu'ils s'approchaient, son visage se mit à briller à travers les ténèbres, chauve, comme un serpent, avec des fentes en guise de narines et de brillants yeux rouges dont les pupilles étaient verticales. Il était si pâle qu'il semblait diffuser une lueur éclatante.
« Severus, ici, » dit Voldemort, indiquant le siège juste à sa droite. « Yaxley... à côté de Dolohov. »
Les deux hommes s'installèrent aux places qu'on venait de leur attribuer. La plupart des yeux autour de la table suivaient Rogue, et c'est à lui que Voldemort parla en premier
« Alors ? »
« Maître, l'Ordre du Phénix a l'intention de déplacer Harry Potter de son actuelle cachette Samedi prochain, à la tombée de la nuit. »
L'intérêt de ceux qui étaient assis autour de la table grandit d'une façon évidente : certains se redressaient, d'autres remuaient, tous regardant Rogue et Voldemort.
« Samedi... à la tombée de la nuit, » répéta Voldemort. Ses yeux rouges se fixèrent sur ceux de Rogue, eux d'un noir profond, avec une telle intensité que certains des spectateurs baissèrent les yeux, apparemment craintifs d'être brûlés sur place rien que par la férocité du regard. Cependant, Rogue regarda calmement à son tour le visage de Voldemort, et, après quelques instants, la bouche sans lèvres de Voldemort se courba pour faire quelque chose qui ressemblait à un sourire.
« Bien. Très bien. Et ces informations viennent... »
« De la source dont nous avons discuté, » dit Rogue.
« Maître. «
Yaxley s'était penché en avant pour regarder Rogue et Voldemort, au bout de la longue table. Tous les visage se tournèrent vers lui.
« Maître, j'ai eu d'autres informations. »
Yaxley attendit, mais Voldemort ne parla pas et il continua, « Dawlish, l'Auror, a laissé échapper que Potter n'allait pas être déplacé avant le trente, la nuit où le garçon aura dix-sept ans. »
Rogue souriait.
« Ma source m'a dit qu'ils avaient un plan qui était de laisser une fausse piste ; ça doit être ça. Je n'ai pas de doutes que Dawlish a été enchanté par le Sortilège de Confusion. Ce ne serait pas la première fois, il est connu pour être susceptible. »
« Je vous assure, Maître, que Dawlish semblait tout à fait sûr de lui, » dit Yaxley.
« S'il a subi le Sortilège de Confusion, c'est normal qu'il était sûr de lui, » dit Rogue. « Je t'assure, Yaxley, que le Bureau des Aurors ne s'occupe plus de la protection de Harry Potter. L'ordre croit que nous avons infiltré le Ministère. »
« L'Ordre aura au moins une chose de bon, alors, hein ? » dit un homme trapu assis pas très loin de Yaxley ; il eut un ricanement asthmatique qui se répercuta tout le long de la table.
Voldemort ne rit pas.Son regard se dirigea vers le haut, sur le corps tournant lentement au-dessus, et il sembla être perdu dans ses pensées.
« Maître, » continua Yaxley, « Dawlish pense qu'une entière partie des Aurors seront utilisés pour transférer le garçon... »
Voldemort leva une large main blanche et Yaxley s'arrêta immédiatement, lançant un regard amer alors que Voldemort se retournait vers Rogue.
« Où vont-ils cacher le garçon ensuite ? »
« Chez un des membres de l'Ordre, » dit Rogue. « L'endroit, d'après la source, a reçu toutes les protections que l'Ordre et le Ministère réunis pourraient produire. Je pense qu'il y a peu de chance de le capturer une fois qu'il sera là, à moins que, bien sûr, le Ministère soit tombé avant Samedi prochain, ce qui devrait nous donner l'opportunité de découvrir et de détruire assez d'enchantement pour passez les autres. »
« Bien, Yaxley ? » appela Voldemort du bout de la table, la lumière du feu brillant étrangement dans ses yeux rouges. « Le Ministère sera-t-il tombé avant Samedi prochain ? »
Une nouvelle fois, toutes les têtes se tournèrent. Yaxley haussa les épaules.
« Maître, j'ai de bonnes nouvelles sur ce point. J'ai — avec difficulté, et après un effort énorme — réussi à lancer un Imperium sur Pius Thicknesse. »
Beaucoup de ceux assis autour de Yaxley eurent l'air impressionnés ; son voisin, Dolohov, un homme avec un long visage déformé, lui donna une tape dans le dos.
« C'est un début, » dit Voldemort. « Mais Thicknesse est seulement un homme. Scrimgeour doit être entouré par les nôtres avant que j'agisse. Une tentative d'assassinat sur le Ministre ratée me fermera toutes les portes. »
« Oui... Maître, c'est vrai... mais nous savons que, étant à la tête du Département de la justice magique, Thicknesse est régulièrement entré en contact non seulement avec le Ministre lui-même, mais aussi avec les Directeurs de tous les autres départements du Ministère. Ce sera, je pense, facile, maintenant que nous avons un tel employé de haut rang sous notre contrôle, pour subjuguer les autres, et alors, ils pourront tous travailler ensemble pour faire tomber Scrimgeour. »
« Pourvu que notre cher ami Thickness ne soit pas découvert avant d'avoir pu en convertir d'autres, » dit Voldemort. « En tout cas, il reste peu probable que le Ministère soit à moi avant Samedi prochain. Si nous ne pouvons pas attraper le garçon à son arrivée , alors nous devons agir pendant qu'il voyage. »
« Nous avons un avantage sur ce point, Maître, » dit Yaxley, qui semblait déterminé à recevoir une partie d'approbation. « Nous avons maintenant plusieurs personnes plantées dans le Département des Transports Magiques. Si Potter transplane ou utilise le Réseau de Cheminée, nous le saurons immédiatement. »
« Il ne le fera pas, » dit Rogue. « L'Ordre évite toute forme de transport qui est contrôlée ou réglée par le Ministère ; ils n'ont confiance en rien qui concerne cet endroit. »
« Tant mieux, » dit Voldemort. « Il sera obligé de se déplacer à découvert. Ce sera beaucoup plus facile de l'avoir. »
Encore une fois, Voldemort leva les yeux sur le corps qui tournait lentement alors qu'il poursuivit, « Je m'occuperai du garçon moi-même. Il y a eu trop d'erreurs concernant Harry Potter. Et c'est moi-même qui en ait commis la plupart. Si Potter vit, c'est plus à cause de mes erreurs plutôt qu'à son triomphe. »
Le groupe assis autour de la table regarda Voldemort avec appréhension, chacun ayant peur d'être blâmé de la survie d'Harry Potter en raison de leur expression. Cependant, Voldemort semblait parler plus à lui-même qu'à un d'entre eux, s'adressant toujours au corps inconscient au-dessus de lui.
« J'ai été négligent, et donc contrecarrer par la chance et le hasard, ces destructeurs de tout, hormis des plans les plus soigneusement préparés. Mais j'en sais plus maintenant. J'ai compris ces choses que je ne comprenais pas avant. Je dois être celui qui tuera Harry Potter, et je le serai. »
Soudain, comme en réponse à ces mots, un gémissement retentit, un terrible et long cri de misère et de douleur. Beaucoup de ceux assis autour de la table baissèrent les yeux, effrayés : le son avait semblé provenir de sous leurs pieds.
« Queudver, » dit Voldemort, toujours aussi calme, avec un ton pensif, et sans détacher son regard du corps tournant au-dessus de lui, « je ne t'ai pas demandé de faire taire notre prisonnier ? »
« Oui, M—maître, » haleta un petit homme à mi-chemin du bout de la table, qui était assis si bas sur son siège qui semblait, au premier regard inoccupé. Maintenant, il descendit de son siège et se précipita de sortir de la pièce, ne laissant rien derrière lui hormis une curieuse lueur d'argent dans son regard.
« Comme je disais, » continua Voldemort, regardant une nouvelle fois les visages tendus de ses serviteurs, « je comprends mieux maintenant. J'aurai besoin, par exemple, d'emprunter la baguette d'un d'entre vous avant que j'aille tuer Potter. »
Les visages autour de lui ne montraient rien d'autre que la stupéfaction : il aurait pu tout aussi bien leur annoncer qu'il voulait leur emprunter un de leurs bras.
« Pas de volontaires ? » dit Voldemort. « Voyons... Lucius, je ne vois plus de raison pour que tu possède une baguette. »
Lucius Malfoy leva les yeux. Son teint parût jaunâtre et cireux dans la lumière du feu et son regard était vitreux et voilé. Quand il parla, sa voix était rauque.
« Maître ? »
« Ta baguette, Lucius. J'exige ta baguette. »
« Je... »
Malfoy regarda sa femme assise à ses côtés. Elle regardait droit devant elle, presque aussi pâle que lui, ses longs cheveux blonds descendant dans son dos, mais sous la table, ses minces doigts se refermèrent brièvement sur le poignet de son mari. À son toucher, Malfoy mit une main dans sa cape , sortant une baguette et la faisant passer à Voldemort, qui la leva devant ses yeux, l'examinant de près.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« De l'orme, Maître, » chuchota Malfoy.
« Et le c½ur ? »
« Dragon... un c½ur de dragon. »
« Bien, » dit Voldemort. Il sortit sa propre baguette et compara les longueurs.
Lucius Malfoy fit un mouvement involontaire ; pendant une fraction de seconde, il sembla qu'il s'attendait à recevoir la baguette de Voldemort en échange de la sienne. Le geste n'avait pas échappé à Voldemort, dont les yeux s'écarquillèrent avec malveillance.
« Te donner ma baguette, Lucius ? Ma baguette ? »
Quelque uns dissimulèrent un ricanement.
« Je t'ai donné ta liberté, Lucius, ça ne te suffit pas ? Mais j'ai remarqué que toi et ta famille était moins heureux qu'autrefois... est-ce ma présence dans ta maison qui te déplaît, Lucius ? »
« Pas du tout... pas du tout, Maître ! »
« De tels mensonges, Lucius... »
La voix doucereuse semblait siffler même après que ses cruelles lèvres aient arrêté de bouger. Un ou deux sorciers réprimèrent à peine un frisson alors que le sifflement devenait de plus en plus fort ; quelque chose de massif pouvait être entendu glissant sur le sol, sous la table.
L'énorme serpent apparut pour monter sur le siège de Voldemort. Il se leva, son corps s'étendant apparemment indéfiniment, et vînt se poser autour des épaules de Voldemort : son cou, l'épaisseur de la cuisse d'un homme ; ses yeux, avec des fentes verticales en guise de pupilles, imperturbables. Voldemort caressa distraitement la créature avec des doigts longs et minces, son regard toujours posé sur Lucius Malfoy.
« Pourquoi les Malfoy semblent-ils si malheureux de leur sort ? Mon retour, ma montée au pouvoir, n'est-il pas la chose qu'ils affirment désirer depuis de si nombreuses années ? »
« Bien sûr, Maître, » dit Lucius Malfoy. Sa main trembla alors qu'il essuyait la transpiration formée sur sa lèvre supérieure. « Nous le désirions...vraiment .»
À la gauche de Malfoy, sa femme fit un étrange et sec mouvement de la tête, détournant son regard de Voldemort et du serpent. À sa droite, son fils Drago, qui regardait le corps inerte au-dessus de lui, jeta un rapide coup d'½il à Voldemort, mais le détourna immédiatement, terrifié à l'idée de le regarder droit dans les yeux.
« Maître, » dit une sombre femme assise à mi-chemin du bout de la table, sa voix serrée par l'émotion, « c'est un honneur de vous avoir ici, dans notre maison de famille. Il ne peut pas y avoir de plus grand plaisir. »
Elle était assise à côté de sa s½ur, aussi différente d'elle par son physique, avec ses cheveux noirs et ses yeux aux lourdes paupières, qu'elle l'était dans son comportement et son attitude ; alors que Narcissa se tenait rigide et impassible, Bellatrix se penchait vers Voldemort, d'une manière qui montrait mieux que des mots son désir d'être proche de lui.
« Pas de plus grand plaisir, » répéta Voldemort, sa tête penchée d'un côté alors qu'il considérait Bellatrix. « Cela veut dire beaucoup, Bellatrix, venant de toi. »
Son visage prit des couleurs ; des larmes de joie lui montèrent aux yeux.
« Mon Maître sait que je ne dis rien que la vérité ! »
« Pas de plus grand plaisir.... Même comparé à l'heureux événement qui, d'après ce que j'ai entendu, a pris place dans votre famille cette semaine ? »
Elle le regardait, sa bouche entrouverte, apparemment confuse.
« Je ne vois pas ce que vous voulez dire, Maître. »
« Je parle de ta nièce, Bellatrix. Et la votre, Lucius et Narcissa. Elel vient de se marier avec le loup-garou, Remus Lupin. Vous devez être si fier. »
Des rires moqueurs fusèrent de l'assemblée assise autour de la table. Beaucoup se penchèrent en avant pour échanger des regards malicieux ; quelques uns frappèrent la table de leurs poings. L'immense serpent, qui n'aimait être dérangé, ouvrit sa large gueule et se mit à siffler, énervé, mais les Mangemorts ne l'entendaient pas, trop occupés à jubiler de l'humiliation de Bellatrix et des Malfoy. Le visage de Bellatrix qui avait si récemment rosi de bonheur, avait tourné en un affreux rouge couperosé.
« Elle n'est pas notre nièce, Maître, » cria-t-elle au-dessus de la vague de rires. « Nous — Narcissa et moi — n'avons pas posé les yeux sur notre s½ur depuis qu'elle a épousé le Sang-de-Bourbe. Ce morveux n'a rien à faire avec aucun d'entre nous, ni non plus la bête qui va avec. »
« Qu'en dis-tu, Drago ? » demanda Voldemort, et bien que sa voix fût calme, elle dominait largement les sifflets et les railleries. « Garderas-tu le petit ? »
Les rires s'amplifièrent ; Drago Malfoy lança un regard de terreur à son père qui baissait les yeux sur ses genoux, puis capta le regard de sa mère. Elle secoua la tête de manière presque imperceptible, puis reprit son regard vide, fixant le mur opposé.
« Assez, » dit Voldemort, caressant le serpent énervé. « Assez. »
Et les rires se turent immédiatement.
« Beaucoup des plus anciens membres de notre arbre généalogique deviennent un peu malade avec le temps, » dit-il, alors que Bellatrix le fixait, à bout de souffle et implorante.
« Tu ferais mieux de tailler ton propre arbre généalogique, n'est-ce pas ? Pour le garder en bonne santé. Coupe ces branches qui menacent la santé des autres. »
« Oui, Maître, » chuchota Bellatrix, ses yeux baignant à nouveau dans des larmes de gratitude. « Dès que j'en aurai l'occasion ! »
« Tu l'auras, » dit Voldemort. « Et dans ta famille, comme dans le monde entier... nous supprimerons tous ceux qui nous salissent jusqu'à ce qu'il ne reste seuls ceux au sang pur... »
Voldemort leva la baguette de Lucius Malfoy, la pointant directement sur le visage tournant lentement sur lui-même, suspendu au-dessus de la table et lui fit faire un petit mouvement. Le visage reprit vie avec un gémissement et commença à lutter contre des liens invisibles.
« Reconnais-tu notre invité, Severus ? » demanda Voldemort.
Rogue leva les yeux sur la tête suspendue à l'envers. Tous les Mangemorts regardaient maintenant le prisonnier, vers le haut, comme s'ils avaient eu la permission de montrer de la curiosité. Alors qu'elle tournait sur elle-même pour faire face à la lumière du feu, la femme dit, dans une voix cassée et terrifiée, « Severus ! Aide-moi ! »
« Ah, oui, » dit Rogue, alors que la prisonnière se détournait une nouvelle fois.
« Et toi, Drago ? » demanda Voldemort, caressant le museau du serpent avec sa main libre. Drago secoua la tête de manière saccadée. Maintenant que la femme s'était réveillée, il ne semblait plus pouvoir la regarder.
« Mais tu n'aurais pas du suivre ses leçons, » dit Voldemort. « Pour ceux qui ne le savent pas, nous sommes accompagnés ce soir par Charity Burbage qui, jusque récemment, enseignait à l'École de Sorcellerie Poudlard. »
Il y eut des bruits de compréhension autour de la table. Une femme large et bossue avec des dents pointues gloussa.
« Oui...Professeur Burbage enseignait aux enfants de sorcières et de sorcier tout sur les Moldus... ils sont tellement différents de nous... »
Un des Mangemorts cracha sur le sol. Charity Burbage se tourna pour faire face à Rogue encore une fois.
« Severus...s'il te plaît... s'il te plaît... »
« Silence, » dit Voldemort, tirant une nouvelle fois d'un coup sec la baguette de Malfoy, et Charity retomba dans le silence comme si elle était bâillonnée. « Non contente d'avoir corrompu et pollué les esprits d'enfants sorciers, la semaine dernière le Professeur Burbage a écrit un article défendant passionnément les Moldus dans la Gazette du Sorcier. Les sorciers, dit-elle, doivent accepter ces vols de leur connaissance et de leur magie. Le manque de Sang Pur est, dit le Professeur Burbage, une circonstance plus que désirable... elle voudrait que nous soyons unis avec les Moldus... ou, sans doute, avec les loups-garou... »
Personne ne rit cette fois : on ne pouvait pas se méprendre sur la colère et le mépris dans la voix de Voldemort. Pour la troisième fois, Charity Burbage se tourna vers Rogue. Des larmes coulaient de ses yeux jusque dans ses cheveux. Rogue la regarda en retour, tout à fait impassible, alors qu'elle se détournait de lui une nouvelle fois.
« Avada Kedavra. »
La lueur de lumière verte illumina tous les coins de la pièce. Charity tomba, avec un bruit sourd, sur la table en dessous d'elle, qui trembla et craqua. Plusieurs des Mangemorts bondirent en arrière dans leurs sièges. Drago tomba sur le sol.
« À table, Nagini, » dit doucement Voldemort, et l'immense serpent se pencha et glissa de ses épaules sur le bois brillant.
« Des nouvelles ? » demanda le plus grand des deux.
« Les meilleures, » répondit Severus Rogue.
Le chemin était bordé sur la gauche par des ronces sauvages dont les mûres étaient basses et sur la droite par une grande haie soigneusement taillée. Les longues capes des hommes battaient contre leurs chevilles tandis qu'ils marchaient.
« Je pensais que je serai en retard» dit Yaxley, la lumière de lune éclairant son visage aux traits durs à chaque fois qu'elle filtrait à travers les branches supérieures des arbres. « C'était un peu plus rusé que je ne m'y attendais. Mais j'espère qu'il sera satisfait. Tu as l'air confiant que ton entretien se passe bien ? »
Rogue acquiesça mais ne donna pas de détails. Ils tournèrent à droite, dans une large route où le chemin prenait fin. La grande haie tourna avec eux, courant jusqu'aux deux impressionnantes portes en fer forgé qui barraient le chemin des hommes. Aucun d'eux n'avança d'un pas : en silence, ils levèrent tous deux leur bras gauche en guise de salut et avancèrent tout droit à travers le métal noir comme si c'était de la fumée.
Les haies d'if étouffaient le bruit de pas des hommes. Il y eut un bruissement quelque part à droite : Yaxley tira une nouvelle fois sa baguette, la pointant sur la tête de son compagnon, mais la source du bruit n'était apparemment rien d'autre qu'un paon d'un blanc pur, se pavanant majestueusement le long du sommet de la haie.
« Il s'en est toujours bien tiré, Lucius. Les paons... » Yaxley remit sa baguette sous sa cape avec un grognement.
Un beau manoir sortit de l'obscurité à la fin de l'allée, des lumières brillant sur les carreaux en forme de losange des fenêtres d'en bas. Quelque part dans l'obscur jardin au-delà de la haie, une fontaine fonctionnait. Les graviers crépitaient sous leurs pieds alors que Rogue et Yaxley avançaient vers la porte de devant, qui se balançait vers l'intérieur alors que personne ne l'avait visiblement ouverte.
Le chemin du hall était large, vaguement éclairé et somptueusement décoré, avec un magnifique tapis qui couvrait la majeure partie du sol de pierre. Les yeux des portraits aux visages pâles sur les murs suivaient Rogue et Yaxley alors qu'ils avançaient à grands pas. Les deux hommes s'arrêtèrent devant une grande porte en bois menant à la pièce suivante, hésitèrent pendant l'espace d'une seconde, puis Rogue tourna la poignée de bronze.
Le salon était plein de personnes silencieuses, assis à une longue table ornée. Les meubles habituels de la pièce avaient été négligemment poussés contre les murs. Une lumière surgit d'un feu rugissant au-dessous d'une belle cheminée surmontée par un miroir doré. Rogue et Yaxley attendirent un moment sur le seuil. Alors que leurs yeux s'étaient habitués au manque de lumière, ils furent attirés par l'étrange caractéristique de la scène : une figure humaine apparemment inconsciente était suspendue à l'envers au-dessus de la table, tournant l'entement comme si elle était tenue par une invisible corde, et se reflétant dans le miroir et dans la surface nue et brillante de la table, en dessous. Aucune des personnes assises sous ce spectacle singulier ne la regardait, sauf un pâle jeune homme assis presque directement dessous. Il semblait ne pas pouvoir s'empêcher de regarder au-dessus de lui toutes les minutes ou presque.
« Yaxley. Rogue,' dit une grande voix claire venant de la tête de la table. « Vous avez bien failli être en retard. »
Celui qui parlait était assis directement devant la cheminée, c'est pourquoi il était d'abord difficile pour les nouveaux arrivants de discerner plus que sa silhouette. Cependant, alors qu'ils s'approchaient, son visage se mit à briller à travers les ténèbres, chauve, comme un serpent, avec des fentes en guise de narines et de brillants yeux rouges dont les pupilles étaient verticales. Il était si pâle qu'il semblait diffuser une lueur éclatante.
« Severus, ici, » dit Voldemort, indiquant le siège juste à sa droite. « Yaxley... à côté de Dolohov. »
Les deux hommes s'installèrent aux places qu'on venait de leur attribuer. La plupart des yeux autour de la table suivaient Rogue, et c'est à lui que Voldemort parla en premier
« Alors ? »
« Maître, l'Ordre du Phénix a l'intention de déplacer Harry Potter de son actuelle cachette Samedi prochain, à la tombée de la nuit. »
L'intérêt de ceux qui étaient assis autour de la table grandit d'une façon évidente : certains se redressaient, d'autres remuaient, tous regardant Rogue et Voldemort.
« Samedi... à la tombée de la nuit, » répéta Voldemort. Ses yeux rouges se fixèrent sur ceux de Rogue, eux d'un noir profond, avec une telle intensité que certains des spectateurs baissèrent les yeux, apparemment craintifs d'être brûlés sur place rien que par la férocité du regard. Cependant, Rogue regarda calmement à son tour le visage de Voldemort, et, après quelques instants, la bouche sans lèvres de Voldemort se courba pour faire quelque chose qui ressemblait à un sourire.
« Bien. Très bien. Et ces informations viennent... »
« De la source dont nous avons discuté, » dit Rogue.
« Maître. «
Yaxley s'était penché en avant pour regarder Rogue et Voldemort, au bout de la longue table. Tous les visage se tournèrent vers lui.
« Maître, j'ai eu d'autres informations. »
Yaxley attendit, mais Voldemort ne parla pas et il continua, « Dawlish, l'Auror, a laissé échapper que Potter n'allait pas être déplacé avant le trente, la nuit où le garçon aura dix-sept ans. »
Rogue souriait.
« Ma source m'a dit qu'ils avaient un plan qui était de laisser une fausse piste ; ça doit être ça. Je n'ai pas de doutes que Dawlish a été enchanté par le Sortilège de Confusion. Ce ne serait pas la première fois, il est connu pour être susceptible. »
« Je vous assure, Maître, que Dawlish semblait tout à fait sûr de lui, » dit Yaxley.
« S'il a subi le Sortilège de Confusion, c'est normal qu'il était sûr de lui, » dit Rogue. « Je t'assure, Yaxley, que le Bureau des Aurors ne s'occupe plus de la protection de Harry Potter. L'ordre croit que nous avons infiltré le Ministère. »
« L'Ordre aura au moins une chose de bon, alors, hein ? » dit un homme trapu assis pas très loin de Yaxley ; il eut un ricanement asthmatique qui se répercuta tout le long de la table.
Voldemort ne rit pas.Son regard se dirigea vers le haut, sur le corps tournant lentement au-dessus, et il sembla être perdu dans ses pensées.
« Maître, » continua Yaxley, « Dawlish pense qu'une entière partie des Aurors seront utilisés pour transférer le garçon... »
Voldemort leva une large main blanche et Yaxley s'arrêta immédiatement, lançant un regard amer alors que Voldemort se retournait vers Rogue.
« Où vont-ils cacher le garçon ensuite ? »
« Chez un des membres de l'Ordre, » dit Rogue. « L'endroit, d'après la source, a reçu toutes les protections que l'Ordre et le Ministère réunis pourraient produire. Je pense qu'il y a peu de chance de le capturer une fois qu'il sera là, à moins que, bien sûr, le Ministère soit tombé avant Samedi prochain, ce qui devrait nous donner l'opportunité de découvrir et de détruire assez d'enchantement pour passez les autres. »
« Bien, Yaxley ? » appela Voldemort du bout de la table, la lumière du feu brillant étrangement dans ses yeux rouges. « Le Ministère sera-t-il tombé avant Samedi prochain ? »
Une nouvelle fois, toutes les têtes se tournèrent. Yaxley haussa les épaules.
« Maître, j'ai de bonnes nouvelles sur ce point. J'ai — avec difficulté, et après un effort énorme — réussi à lancer un Imperium sur Pius Thicknesse. »
Beaucoup de ceux assis autour de Yaxley eurent l'air impressionnés ; son voisin, Dolohov, un homme avec un long visage déformé, lui donna une tape dans le dos.
« C'est un début, » dit Voldemort. « Mais Thicknesse est seulement un homme. Scrimgeour doit être entouré par les nôtres avant que j'agisse. Une tentative d'assassinat sur le Ministre ratée me fermera toutes les portes. »
« Oui... Maître, c'est vrai... mais nous savons que, étant à la tête du Département de la justice magique, Thicknesse est régulièrement entré en contact non seulement avec le Ministre lui-même, mais aussi avec les Directeurs de tous les autres départements du Ministère. Ce sera, je pense, facile, maintenant que nous avons un tel employé de haut rang sous notre contrôle, pour subjuguer les autres, et alors, ils pourront tous travailler ensemble pour faire tomber Scrimgeour. »
« Pourvu que notre cher ami Thickness ne soit pas découvert avant d'avoir pu en convertir d'autres, » dit Voldemort. « En tout cas, il reste peu probable que le Ministère soit à moi avant Samedi prochain. Si nous ne pouvons pas attraper le garçon à son arrivée , alors nous devons agir pendant qu'il voyage. »
« Nous avons un avantage sur ce point, Maître, » dit Yaxley, qui semblait déterminé à recevoir une partie d'approbation. « Nous avons maintenant plusieurs personnes plantées dans le Département des Transports Magiques. Si Potter transplane ou utilise le Réseau de Cheminée, nous le saurons immédiatement. »
« Il ne le fera pas, » dit Rogue. « L'Ordre évite toute forme de transport qui est contrôlée ou réglée par le Ministère ; ils n'ont confiance en rien qui concerne cet endroit. »
« Tant mieux, » dit Voldemort. « Il sera obligé de se déplacer à découvert. Ce sera beaucoup plus facile de l'avoir. »
Encore une fois, Voldemort leva les yeux sur le corps qui tournait lentement alors qu'il poursuivit, « Je m'occuperai du garçon moi-même. Il y a eu trop d'erreurs concernant Harry Potter. Et c'est moi-même qui en ait commis la plupart. Si Potter vit, c'est plus à cause de mes erreurs plutôt qu'à son triomphe. »
Le groupe assis autour de la table regarda Voldemort avec appréhension, chacun ayant peur d'être blâmé de la survie d'Harry Potter en raison de leur expression. Cependant, Voldemort semblait parler plus à lui-même qu'à un d'entre eux, s'adressant toujours au corps inconscient au-dessus de lui.
« J'ai été négligent, et donc contrecarrer par la chance et le hasard, ces destructeurs de tout, hormis des plans les plus soigneusement préparés. Mais j'en sais plus maintenant. J'ai compris ces choses que je ne comprenais pas avant. Je dois être celui qui tuera Harry Potter, et je le serai. »
Soudain, comme en réponse à ces mots, un gémissement retentit, un terrible et long cri de misère et de douleur. Beaucoup de ceux assis autour de la table baissèrent les yeux, effrayés : le son avait semblé provenir de sous leurs pieds.
« Queudver, » dit Voldemort, toujours aussi calme, avec un ton pensif, et sans détacher son regard du corps tournant au-dessus de lui, « je ne t'ai pas demandé de faire taire notre prisonnier ? »
« Oui, M—maître, » haleta un petit homme à mi-chemin du bout de la table, qui était assis si bas sur son siège qui semblait, au premier regard inoccupé. Maintenant, il descendit de son siège et se précipita de sortir de la pièce, ne laissant rien derrière lui hormis une curieuse lueur d'argent dans son regard.
« Comme je disais, » continua Voldemort, regardant une nouvelle fois les visages tendus de ses serviteurs, « je comprends mieux maintenant. J'aurai besoin, par exemple, d'emprunter la baguette d'un d'entre vous avant que j'aille tuer Potter. »
Les visages autour de lui ne montraient rien d'autre que la stupéfaction : il aurait pu tout aussi bien leur annoncer qu'il voulait leur emprunter un de leurs bras.
« Pas de volontaires ? » dit Voldemort. « Voyons... Lucius, je ne vois plus de raison pour que tu possède une baguette. »
Lucius Malfoy leva les yeux. Son teint parût jaunâtre et cireux dans la lumière du feu et son regard était vitreux et voilé. Quand il parla, sa voix était rauque.
« Maître ? »
« Ta baguette, Lucius. J'exige ta baguette. »
« Je... »
Malfoy regarda sa femme assise à ses côtés. Elle regardait droit devant elle, presque aussi pâle que lui, ses longs cheveux blonds descendant dans son dos, mais sous la table, ses minces doigts se refermèrent brièvement sur le poignet de son mari. À son toucher, Malfoy mit une main dans sa cape , sortant une baguette et la faisant passer à Voldemort, qui la leva devant ses yeux, l'examinant de près.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« De l'orme, Maître, » chuchota Malfoy.
« Et le c½ur ? »
« Dragon... un c½ur de dragon. »
« Bien, » dit Voldemort. Il sortit sa propre baguette et compara les longueurs.
Lucius Malfoy fit un mouvement involontaire ; pendant une fraction de seconde, il sembla qu'il s'attendait à recevoir la baguette de Voldemort en échange de la sienne. Le geste n'avait pas échappé à Voldemort, dont les yeux s'écarquillèrent avec malveillance.
« Te donner ma baguette, Lucius ? Ma baguette ? »
Quelque uns dissimulèrent un ricanement.
« Je t'ai donné ta liberté, Lucius, ça ne te suffit pas ? Mais j'ai remarqué que toi et ta famille était moins heureux qu'autrefois... est-ce ma présence dans ta maison qui te déplaît, Lucius ? »
« Pas du tout... pas du tout, Maître ! »
« De tels mensonges, Lucius... »
La voix doucereuse semblait siffler même après que ses cruelles lèvres aient arrêté de bouger. Un ou deux sorciers réprimèrent à peine un frisson alors que le sifflement devenait de plus en plus fort ; quelque chose de massif pouvait être entendu glissant sur le sol, sous la table.
L'énorme serpent apparut pour monter sur le siège de Voldemort. Il se leva, son corps s'étendant apparemment indéfiniment, et vînt se poser autour des épaules de Voldemort : son cou, l'épaisseur de la cuisse d'un homme ; ses yeux, avec des fentes verticales en guise de pupilles, imperturbables. Voldemort caressa distraitement la créature avec des doigts longs et minces, son regard toujours posé sur Lucius Malfoy.
« Pourquoi les Malfoy semblent-ils si malheureux de leur sort ? Mon retour, ma montée au pouvoir, n'est-il pas la chose qu'ils affirment désirer depuis de si nombreuses années ? »
« Bien sûr, Maître, » dit Lucius Malfoy. Sa main trembla alors qu'il essuyait la transpiration formée sur sa lèvre supérieure. « Nous le désirions...vraiment .»
À la gauche de Malfoy, sa femme fit un étrange et sec mouvement de la tête, détournant son regard de Voldemort et du serpent. À sa droite, son fils Drago, qui regardait le corps inerte au-dessus de lui, jeta un rapide coup d'½il à Voldemort, mais le détourna immédiatement, terrifié à l'idée de le regarder droit dans les yeux.
« Maître, » dit une sombre femme assise à mi-chemin du bout de la table, sa voix serrée par l'émotion, « c'est un honneur de vous avoir ici, dans notre maison de famille. Il ne peut pas y avoir de plus grand plaisir. »
Elle était assise à côté de sa s½ur, aussi différente d'elle par son physique, avec ses cheveux noirs et ses yeux aux lourdes paupières, qu'elle l'était dans son comportement et son attitude ; alors que Narcissa se tenait rigide et impassible, Bellatrix se penchait vers Voldemort, d'une manière qui montrait mieux que des mots son désir d'être proche de lui.
« Pas de plus grand plaisir, » répéta Voldemort, sa tête penchée d'un côté alors qu'il considérait Bellatrix. « Cela veut dire beaucoup, Bellatrix, venant de toi. »
Son visage prit des couleurs ; des larmes de joie lui montèrent aux yeux.
« Mon Maître sait que je ne dis rien que la vérité ! »
« Pas de plus grand plaisir.... Même comparé à l'heureux événement qui, d'après ce que j'ai entendu, a pris place dans votre famille cette semaine ? »
Elle le regardait, sa bouche entrouverte, apparemment confuse.
« Je ne vois pas ce que vous voulez dire, Maître. »
« Je parle de ta nièce, Bellatrix. Et la votre, Lucius et Narcissa. Elel vient de se marier avec le loup-garou, Remus Lupin. Vous devez être si fier. »
Des rires moqueurs fusèrent de l'assemblée assise autour de la table. Beaucoup se penchèrent en avant pour échanger des regards malicieux ; quelques uns frappèrent la table de leurs poings. L'immense serpent, qui n'aimait être dérangé, ouvrit sa large gueule et se mit à siffler, énervé, mais les Mangemorts ne l'entendaient pas, trop occupés à jubiler de l'humiliation de Bellatrix et des Malfoy. Le visage de Bellatrix qui avait si récemment rosi de bonheur, avait tourné en un affreux rouge couperosé.
« Elle n'est pas notre nièce, Maître, » cria-t-elle au-dessus de la vague de rires. « Nous — Narcissa et moi — n'avons pas posé les yeux sur notre s½ur depuis qu'elle a épousé le Sang-de-Bourbe. Ce morveux n'a rien à faire avec aucun d'entre nous, ni non plus la bête qui va avec. »
« Qu'en dis-tu, Drago ? » demanda Voldemort, et bien que sa voix fût calme, elle dominait largement les sifflets et les railleries. « Garderas-tu le petit ? »
Les rires s'amplifièrent ; Drago Malfoy lança un regard de terreur à son père qui baissait les yeux sur ses genoux, puis capta le regard de sa mère. Elle secoua la tête de manière presque imperceptible, puis reprit son regard vide, fixant le mur opposé.
« Assez, » dit Voldemort, caressant le serpent énervé. « Assez. »
Et les rires se turent immédiatement.
« Beaucoup des plus anciens membres de notre arbre généalogique deviennent un peu malade avec le temps, » dit-il, alors que Bellatrix le fixait, à bout de souffle et implorante.
« Tu ferais mieux de tailler ton propre arbre généalogique, n'est-ce pas ? Pour le garder en bonne santé. Coupe ces branches qui menacent la santé des autres. »
« Oui, Maître, » chuchota Bellatrix, ses yeux baignant à nouveau dans des larmes de gratitude. « Dès que j'en aurai l'occasion ! »
« Tu l'auras, » dit Voldemort. « Et dans ta famille, comme dans le monde entier... nous supprimerons tous ceux qui nous salissent jusqu'à ce qu'il ne reste seuls ceux au sang pur... »
Voldemort leva la baguette de Lucius Malfoy, la pointant directement sur le visage tournant lentement sur lui-même, suspendu au-dessus de la table et lui fit faire un petit mouvement. Le visage reprit vie avec un gémissement et commença à lutter contre des liens invisibles.
« Reconnais-tu notre invité, Severus ? » demanda Voldemort.
Rogue leva les yeux sur la tête suspendue à l'envers. Tous les Mangemorts regardaient maintenant le prisonnier, vers le haut, comme s'ils avaient eu la permission de montrer de la curiosité. Alors qu'elle tournait sur elle-même pour faire face à la lumière du feu, la femme dit, dans une voix cassée et terrifiée, « Severus ! Aide-moi ! »
« Ah, oui, » dit Rogue, alors que la prisonnière se détournait une nouvelle fois.
« Et toi, Drago ? » demanda Voldemort, caressant le museau du serpent avec sa main libre. Drago secoua la tête de manière saccadée. Maintenant que la femme s'était réveillée, il ne semblait plus pouvoir la regarder.
« Mais tu n'aurais pas du suivre ses leçons, » dit Voldemort. « Pour ceux qui ne le savent pas, nous sommes accompagnés ce soir par Charity Burbage qui, jusque récemment, enseignait à l'École de Sorcellerie Poudlard. »
Il y eut des bruits de compréhension autour de la table. Une femme large et bossue avec des dents pointues gloussa.
« Oui...Professeur Burbage enseignait aux enfants de sorcières et de sorcier tout sur les Moldus... ils sont tellement différents de nous... »
Un des Mangemorts cracha sur le sol. Charity Burbage se tourna pour faire face à Rogue encore une fois.
« Severus...s'il te plaît... s'il te plaît... »
« Silence, » dit Voldemort, tirant une nouvelle fois d'un coup sec la baguette de Malfoy, et Charity retomba dans le silence comme si elle était bâillonnée. « Non contente d'avoir corrompu et pollué les esprits d'enfants sorciers, la semaine dernière le Professeur Burbage a écrit un article défendant passionnément les Moldus dans la Gazette du Sorcier. Les sorciers, dit-elle, doivent accepter ces vols de leur connaissance et de leur magie. Le manque de Sang Pur est, dit le Professeur Burbage, une circonstance plus que désirable... elle voudrait que nous soyons unis avec les Moldus... ou, sans doute, avec les loups-garou... »
Personne ne rit cette fois : on ne pouvait pas se méprendre sur la colère et le mépris dans la voix de Voldemort. Pour la troisième fois, Charity Burbage se tourna vers Rogue. Des larmes coulaient de ses yeux jusque dans ses cheveux. Rogue la regarda en retour, tout à fait impassible, alors qu'elle se détournait de lui une nouvelle fois.
« Avada Kedavra. »
La lueur de lumière verte illumina tous les coins de la pièce. Charity tomba, avec un bruit sourd, sur la table en dessous d'elle, qui trembla et craqua. Plusieurs des Mangemorts bondirent en arrière dans leurs sièges. Drago tomba sur le sol.
« À table, Nagini, » dit doucement Voldemort, et l'immense serpent se pencha et glissa de ses épaules sur le bois brillant.